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Eléphants en Thaïlande : Une journée chez Elephants Steps Chiang Raï

Elephants Thaïlande

La conditions des éléphants en Asie fait déjà polémique depuis de nombreuses années. Beaucoup de cirques et autres camps de promenades à dos d’éléphants se sont tous reconvertis en sanctuaires.

Rien que dans la région de Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, il y en a plusieurs dizaines. Ils ont tous plus ou moins le même slogan : ici les éléphants sont respectés / Éléphants en liberté / Passer un bon moment sans monter sur leur dos… mais lequel les respecte vraiment ? Lequel ne met aucune chaine à leurs pieds ? Lequel ne leur fait faire aucun tour ? Impossible ou presque de savoir à l’avance avant de s’y rendre.

En me rendant en Thaïlande je n’avais qu’une idée en tête : enfin rencontrer les éléphants, mais hors de question d’aller dans un de ces sanctuaires. C’est alors que Marion, mon amie présente sur place, me parle d’un endroit dont je n’avais pas entendu parler : Éléphants Steps Chiangraï.

S’ensuit de nombreuses recherches sur internet, de zooms sur les photos pour voir des chaines, la moindre trace qui montrerait que là non plus, les éléphants ne sont pas heureux. Mais rien. J’envoie un message Facebook à Sophie, française expatriée qui gère le lieu. Elle m’explique le déroulement de la journée. Ils n’acceptent pas plus de neuf personnes par jour pour préserver la tranquillité des éléphants. C’est bon signe. On réserve pour une journée. Le jour J, on croise les doigts pour ne pas être déçues, et ne pas s’être faites avoir.

Le concept d’Elephant steps Chiangraï

Elephant steps Chiangraï : l’amour des animaux avant tout

Depuis environ 6 ans, Sophie, française habitant en Thaïlande depuis 25 ans, récupère les animaux malmenés par la vie et par les gens pour leur offrir une vie meilleure. Chevaux, chiens, cochons, chèvres… ils coulent des jours paisibles en toute liberté. Parmi tout ce beau monde déambulent trois éléphantes : Mélanie, Gypsie, et Maenoune. “Je suis une amoureuse de tous les animaux” raconte Sophie, “je ne supporte pas de voir un animal souffrir. Je voulais faire voir aux gens que l’on pouvait passer une super journée avec les éléphants sans qu’ils soient enchainés et avec des nacelles sur le dos.

Elephants Steps Chiangrai

Pour ça, Sophie rachète les éléphants utilisés pour les touristes, parfois même simplement pour leur offrir une fin de vie digne de ce nom : “On en a racheté un l’année dernière qui était dans un camps à Pattaya, il avait 90 ans, il était en fin de vie. On ne peut pas passer devant un camp et les laisser comme ça. Il a passé six mois avec nous et il est mort.” 

Cela fait déjà vingt ans que Mélanie, l’ainée de ce petit groupe vit avec Sophie et son mari. Gypsie, 19 ans, est née chez eux tandis que Maenoune a rejoint la mère et la fille il y a un an “elle est à des gens que je connais avec qui j’ai négocié pour l’avoir ici pour qu’elle arrête de travailler avec les nacelles et les chaines.” raconte Sophie, “j’ai aussi 39 chiens que j’ai récupérés qui allaient être mangés, abandonnés, en fin de vie, malades…ainsi que des chevaux qui étaient en manège. La boite était en faillite, on est passé devant et on les a vu attachés sans rien à manger donc on les a racheté. Maintenant ils sont en liberté, on ne les monte pas.”

Des éléphants brisés qui reprennent goût à la vie

Ce que les touristes ne savent pas forcément, c’est ce que subissent les éléphants avant d’arriver dans les camps. Ils sont tout simplement brisés. En Thaïlande, la croyance veut que l’on peut séparer l’âme du corps de l’éléphant, pour que le cornac (le dresseur) puisse avoir l’éléphant à son entière disposition. Pour en arriver là, l’éléphant peut être battu, il est séparé de sa mère très jeune et enfermé. L’éléphant finit par abandonner et se donne entièrement à son cornac.

Lors de notre passage à Ayutthaya, nous nous sommes arrêtées au camp d’éléphants. Ils font des tours de la ville, nacelle et touristes sur le dos. Honnêtement, je ne pensais pas être aussi touchée. Ces éléphants n’ont rien dans leurs yeux, plus de vie, c’est vide. Et c’est impuissantes, la rage au ventre, que nous avons assisté au bal incessant des éléphants qui viennent déposer des touristes et repartir avec d’autres. Ils ne réagissent pas aux coups des cornacs, ne réagissent pas aux cris. Ils marchent le regard hagard.

éléphants ayuttahya

Pour Sophie, cela dépend vraiment du cornac : “Si c’est pour des petits tours, lever la patte… ils ne sont pas forcément traumatisés. Moi Gypsie n’a jamais été traitée comme dans les vidéos que l’on peut voir sur internet avant que je la récupère. Il y a des extrêmes, ça dépend des cornacs. J’en ai eu un il y a quinze jours, il a tabassé Gypsie donc on l’a viré direct. Ça vient des méchancetés des gens, tout comme des gens ont des élevages de chiens et les tapent. Après, c’est vrai que ceux qui leur apprenne à peindre, jouer au foot… là ils sont tabassés c’est sûr.”

Pour le refuge, un quotidien difficile

Malheureusement, ce n’est pas évident de garder des éléphants en souhaitant les laisser évoluer en liberté. Sophie et son mari se sont fait expulsés de leur ancien village à cause des éléphants. Ici, ils ont été accueillis à bras ouverts, mais à une seule condition : surveiller les éléphants dans la jungle “depuis qu’on a déménagé on est obligé de les attacher la nuit. Avant on avait le droit de les lâcher dans la jungle la nuit mais depuis qu’on est ici les habitants ne veulent pas car il y a les récoltes partout à l’année. Elles sont donc attachées sur 10m pour qu’elles puissent bouger quand même mais sinon toute la journée elles sont en totale liberté. Tout comme nos chiens en fait !

Pourquoi ne pas les remettre simplement à l’état sauvage ? Car ce n’est pas forcément la meilleure option pour eux. “Il y a des gros problèmes entre les éléphants sauvages et les habitants, ils se font chasser de partout, voire tuer donc ce n’est pas le but.”

Aider les animaux, mais pas que

Sophie prête aussi main-forte aux villages défavorisés, dans lesquels elle a habité lors de son expatriation. En plus de son association KatPat pour ses animaux, elle a créé l’association abcd. “Ca a commencé il y a trente ans quand je me suis mariée avec mon premier mari.” raconte Sophie, “je m’achetais du chocolat en poudre de temps en temps, et les enfants venaient tous autour pour prendre une gorgée de chocolat. J’ai demandé à ma mère qu’elle m’aide à acheter des kilos de sachets de chocolat pour les enfants et ça a commencé comme ça. Après je les voyais se laver avec de la lessive car c’est moins cher que le savon, donc j’ai demandé à ma grand-mère si elle ne voulait pas acheter un savon chacun pour les enfants puis j’ai mis en place un système de parrainage, je ne pouvais pas vivre avec eux sans les aider. Pendant une dizaine d’années, ça n’a été que la famille puis ça s’est élargi.

Ainsi, lorsque vous venez rendre visite à Sophie, un pourcentage du prix de la journée est remis aux deux associations.

Après avoir vu l’horreur des éléphants à Ayutthaya, quel bonheur de voir ces trois éléphants jouer dans l’eau, se régaler de régiments de bananes et marcher dans la jungle ! Dans leurs yeux repétille la lueur joyeuse de ceux qui dévorent la vie à pleines dents.

Une journée avec les éléphants : récit

Le jour J, Marion et moi attendons patiemment devant notre auberge de jeunesse le 4×4 qui vient nous chercher pour nous emmener enfin réaliser mon rêve d’enfant : rencontrer les éléphants.

Après une vingtaine de minutes de route, on passe un portail en bambou. Elles sont là. Au milieu des chiens, à l’ombre de toiles, Gypsie, Mélanie et Maenoune se reposent. Je scrute : pas de chaine, une simple corde pend autour de leur cou. C’est tout, elles ne sont pas attachées et peuvent se balader comme les chiens de la ferme se baladent. Sophie avance vers nous avec un grand sourire et nous propose thé/café le temps de faire connaissance avec le groupe. Nous ne serons que six, tous français, et du même âge. Sophie nous présente les éléphants, les chiens, les chevaux… et nous explique le déroulé de la journée.

Un petit-déjeuner conséquent

Après avoir enfilé une tenue traditionnelle Karen pour éviter de salir nos vêtements, les Cornacs nous donnent à tous un seau. Au menu ce matin pour les trois éléphantes : granulés, bananes et bambou. Gourmandes, elles viennent très rapidement vers nous en voyant les seaux pleins. Malignes, elles vont se servir à côté quand le seau en question est vide. Nous sommes tous redevenus des enfants. On rit quand elles engloutissent 15 bananes d’un coup, quand elles piochent dans le seau d’un côté, quand elles nous sentent avec leur trompe. Joueuses, elles sont impressionnantes, et on ne fait pas les malins !

Nourrir les éléphants

Direction la jungle

Une fois que tout le monde a bien mangé, on laisse Sophie pour prendre la direction de la jungle avec les trois éléphantes et les trois Cornacs. Autre bonne impression : ils n’utilisent pas leur pic, comme nous avions pu voir à Ayutthaya. Les éléphantes fonctionnent à la voix, et écoutent quand elles en ont envie.

A peine passée le portail, Maenoune prend peur devant une vache. Panique générale. Si Gypsie et Mélanie reprennent vite leur calme, Maenoune part plein galop vers la jungle. “Elle ne supporte pas la violence” explique Sophie “dès que je me dispute avec mon mari, ou que les chiens se battent elle part.” Cela laisse bien imaginer ce qu’elle a pu vivre avant… On ne la reverra qu’à la fin de la journée, une fois que les Cornacs l’ont retrouvé.

Jungle et éléphants

C’est donc accompagné de Gypsie et Mélanie que le groupe se met en route. Toujours en liberté, elles marchent à leur rythme. Les Cornacs veillent à notre sécurité. Il fait chaud, très chaud. Chaque point d’eau est une excuse pour faire une pause et prendre un bon bain de plusieurs dizaines de minutes parfois. On les attend, s’amusant de Gypsie qui n’en fait qu’à sa tête. Les voir marcher dans la jungle ainsi est impressionnant. D’un pas sûr, lent, puissant, elles nous suivent, grignotant quelques branches au passage.

Pause déjeuner

Nous arrivons à une table construite en bambou, au bord d’une rivière. Le repas est prêt, servi dans des feuilles de bananier. Du riz, des légumes, de l’ananas, de la mangue… c’est délicieux. Un des Cornacs nous fabrique un verre en bambou. Un bon souvenir (qui fait maintenant office de verre à brosse à dents.)

On repart après un bon déjeuner, les éléphants toujours sur nos pas, rythmés par les cris des Cornacs “hue Gypsie hue !”. Qu’importe, elles n’iront pas plus vite. On arrive alors dans une HomeStay complètement perdue au coeur de la jungle, tout au bord de l’eau où l’on nous offre un thé, on profite du paysage. Après cette dégustation, on regagne ensuite la ferme de Sophie où l’on retrouve Maenoune, remise de ses émotions.

L’heure du bain

A côté du champ des chevaux se trouve un grand point d’eau. Cornacs et éléphants plongent dans l’eau boueuse. On ne tarde pas à les rejoindre. L’eau est chaude, mais après cette marche dans la jungle humide ça fait du bien. On n’ose pas s’approcher. Elles sont encore plus impressionnantes dans l’eau. Je crains pour mes doigts de pied. Elles jouent avec les Cornacs, les éclaboussent, plongent la tête sous l’eau. Un dernier café, une douche pour ceux qui souhaitent et il est déjà temps de dire au revoir. (Malheureusement pas de photos du bain !)

Voir ces éléphants jouer, se promener en liberté, profiter de la vie était une expérience formidable. Malheureusement, Sophie ne peut pas racheter tous les éléphants d’Asie. Alors oui, dans la jungle, on les perd parfois de vue, on les oublie presque. Quand on leur donne à manger, elles ne se laissent pas forcément caresser à tout va. Mais ne vaut-il pas mieux ça qu’un éléphant (ou tout autre animal) juste bon à satisfaire nos caprices de touristes ?

Sophie n’a pas de flyer. On réserve via sa page Facebook. On la connait via le bouche à oreille. Elle n’a pas des dizaines d’éléphants. C’est une petite structure qui, à son échelle, offre une seconde vie aux animaux qu’elle peut sauver. Et c’est déjà beaucoup.

Informations pratiques

Pour réserver, contactez Sophie via sa page Facebook. Vous pouvez passer plusieurs jours chez elle et son mari pour les aider avec les animaux. Toutes les informations sont sur sa page, et elle se fera un plaisir de répondre à vos questions.

Comments (4)

  • Braun-Cullaz 2 ans ago Reply

    I know this place and Sophie and her family : they are real fantastic people😍
    Visiting them is a wonderful expérience and a good action as well !!!

    labaroudeusevoyage 2 ans ago Reply

    Oh really ? Yes they’re amazing I really really love this place !!

  • Fat Marguerite 2 ans ago Reply

    J y vais justement très bientôt et j ai tellement hâte de vivre tout ça.

    labaroudeusevoyage 2 ans ago Reply

    Tu me donneras ton retour, je suis sûre que tu vas passer une super journée !

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