Traverser le Jura en raquettes

Traverser le Jura en raquettes

Après notre trek de cet été dans le Queyras, nous voulions nous tester un peu plus et nous tester en raquettes. Pour cette fois-ci, pas de bivouac, une étape en refuge nous attendait chaque soir.

Pour notre premier trek en raquettes, nous avons opté pour le Jura, le long de la Grande Traversée du Jura (GTJ). Un itinéraire balisé de 150km spécialement conçu pour la raquette, (vous avez également des itinéraires de ski de fond, vélo, VTT, et même équestre !) Des refuges sont situés tout au long de l’itinéraire, en plein coeur de la nature, sans jamais être totalement isolés. Pour une première expérience dans la neige, c’était parfait !

Chaque jour, nous avions entre 4h et 6h de marche. Des petites étapes pensait-on. Pourtant, dans la neige fraiche, les raquettes sont lourdes. A chaque pas, il faut les soulever pour progresser. Chaque montée devient plus difficile, le corps entier travaille. Si nos muscles étaient en forme, nos articulations ne nous ont pas remerciées. Mes chevilles gonflaient un peu plus chaque jour, et mon genou se faisait de plus en plus douloureux. Heureusement que nous n’avons fait que quatre jours ! Malgré les douleurs, ce trek était incroyable. En voici le récit, étape par étape, qui je l’espère, vous donnera l’envie de vous lancer à votre tour sur la GTJ.

Pratique : Si vous partez de Bois d’Amont, le départ se fait au niveau de la salle hors-sac. N’oubliez pas de vous acquitter d’un pass raquettes : 20€ pour cinq jours. Retrouvez toutes les infos de la GTJ ici.

Première étape : de Bois d’Amont à Prémanon, 14km

Ce matin, c’est le grand départ. Malheureusement pour nous, il neige à gros flocons, et la météo n’est pas très optimiste sur le reste de la journée… Pas le choix, il faut bien partir ! Nous commençons par suivre les panneaux indiquant Les Rousses. Ensuite, il suffit de suivre les poteaux “GTJ” plantés très régulièrement. Malgré le mauvais temps, nous sommes ravis de commencer cette nouvelle aventure !

GTJ Jura

La neige tombe de plus en plus. Nous savons que nous devons longer le lac des Rousses mais il se dévoile difficilement. On l’entre-aperçoit lorsque les nuages se dissipent, mais jamais très longtemps. Malgré le mauvais temps, le paysage reste magnifique, les grandes plaines s’étendent à perte de vue. La neige ne s’arrête toujours pas de tomber, et il n’y a rien pour s’abriter. On pique-nique contre le mur d’un bâtiment, s’abritant comme on peut du vent et de la neige. On repart très vite car il nous reste encore beaucoup de marche.

GTJ Jura
GTJ Jura

Plus on approche des Rousses plus le paysage devient valloné. Nous sommes dehors depuis 10h ce matin et il ne s’est pas arrêté de neiger. Les nuages sont de plus en plus bas, on peine à se repérer. Parfois, nous confondons les poteaux avec le balisage de la route, nous obligeant à faire des détours, des demi-tours. La fatigue commence à se faire sentir, nous n’avons aucune idée de combien de temps il nous reste avant d’atteindre notre premier refuge.

On s’énerve un peu, pourquoi on ne trouve pas ces poteaux ? Enfin, un panneau “La Grenotte”. Encore une petite demi-heure de marche et nous arrivons enfin. Dans le séjour, le feu crépite dans la cheminée. On se réchauffe, contents de ne pas être sous la tente.

A la Grenotte, nous avons été merveilleusement bien accueillis par Isabelle et Jean-Claude. Dans ce gite, la convivialité est au rendez-vous. Tout le monde met la main à la pâte pour mettre la table. Ce soir, nous sommes une quinzaine, “en petit comité” nous dit Isabelle. Au menu : morbiflette, beaucoup de morbiflette, et une délicieuse tarte aux myrtilles. Il est temps d’aller se coucher car demain nous attend notre plus grosse étape.

Deuxième étape : de Prémanon à Lajoux, 16km

Ce matin, pas de courbatures, c’est bon signe ! Pendant le petit-déjeuner, tout le monde a le regard vissé sur la fenêtre. Dehors, il neige encore, ça a l’air pire qu’hier et ils prévoient de la pluie cet après-midi. Sauf qu’aujourd’hui, notre étape est encore plus longue qu’hier. En effet, notre gite se situe avant Prémanon, nous devons donc d’abord rejoindre Prémanon d’où commencera “officiellement” notre seconde étape. De toute façon, nous n’avons pas trop le choix. On rejoint en une petite heure La Darbella et on profite de salle hors-sac pour sécher et se reposer un petit peu. On attaque ensuite la traversée de la forêt du Massacre.

Nous longeons d’abord les pistes de ski de fond pendant un moment puis pénétrons dans la forêt. Là, ça monte pendant un bon moment. La neige s’est un peu calmée. On décide de marcher jusqu’au chalet de la Frasse, espérant pouvoir s’abriter pour pique-niquer. La faim commence à se faire sentir, à chaque virage j’espère apercevoir le toit du chalet. Il se fait désirer ! Malheureusement, aucun endroit pour nous abriter, on continue quelques mètres et on trouve un gros sapin. Ce n’est pas le meilleur abri avec la neige qui tombe des branches mais c’est mieux que rien ! Isabelle nous a préparé un véritable repas de roi : salade de riz, cuisse de poulet, énorme morceau de comté… le temps de manger tout ça nos corps se sont refroidis. Trempés par la pluie, nous commençons à grelotter, il est grand temps de se remettre en route.

On repart tout doucement. La digestion et le froid rendent chaque mouvement plus difficile. Sous nos yeux, le paysage se métamorphose. Il a tellement neigé que même nos raquettes s’enfoncent. Elles sont de plus en plus lourdes. La neige a créé des énormes bosses autour de nous, on pourrait presque se croire en Laponie avec les combes et les grands sapins recouverts de neige fraiche. A part le bruit de nos pas, le silence règne. Nous apprécions énormément cette étape malgré la pluie. On s’émerveille devant chaque sculpture créée par la neige, on oublie la fatigue. Je n’avais jamais vu de tels paysages !

Une fois sortis de la forêt, le paysage devient affreusement monotone. Nous commençons a être vraiment trempés malgré nos vêtements imperméables. La forêt a laissé place à d’immenses plaines, interminables à traverser. La fatigue commence à prendre le dessus. Créer notre trace dans la neige fraiche est vraiment compliqué. Vu l’heure, nous ne devons plus être très loin du Chalet de la Baumette, notre gite pour la nuit. Nous continuons d’avancer. Aller, nous y sommes presque. Nous suivons les poteaux GTJ à l’aveugle, sans réfléchir et à chaque chalet au loin nous avons ce petit espoir : c’est peut-être notre gite ! Mais non. Nico finit par jeter un oeil à Maps, nous l’avons dépassé… même 10min de marche me paraissent insurmontables. Je suis trempée, j’ai vraiment froid, nous ne voyons rien, comment avons-nous pu louper le gite ?!

GTJ Jura

Nous coupons à travers les champs, hors de question de refaire tout le chemin inverse. Heureusement, il est juste derrière la colline. Nous rêvons d’une douche chaude, d’un chocolat chaud mais les galères continuent. Nous trouvons porte fermée et personne ne répond. On toque, on sonne, on appelle. Il fallait que ça arrive aujourd’hui, est-ce que le gite est fermé ? Après une bonne quinzaine de minutes dehors, la dame finit par venir nous ouvrir. Ce soir, nous sommes les seuls hébergés ! Il est trop tard pour le chocolat chaud mais la douche brûlante suffit largement à nous réchauffer. Nous sommes épuisés et ne pensons qu’à dormir. Au menu ce soir : une bonne soupe suivie de saucisses de morteau arrosées de cancoillotte. Un délicieux repas qui finit de nous achever. Au final, nous aurons marché une vingtaine de kilomètres aujourd’hui !

Troisième étape : de Lajoux à Bellecombe, 11km

Ce matin, nous nous levons motivés. La météo a prévu du beau temps, enfin ! Pourtant, par la fenêtre, les arbres sont encore dans le brouillard. Espérons que le soleil se lève… Heureusement, nos habits ont bien séché cette nuit, on enfile nos raquettes et c’est reparti pour une nouvelle journée de marche !

La première heure de marche est difficile. La visibilité est encore moins bonne qu’hier, mon corps a beaucoup de mal à se mettre en route. Mes chevilles sont vraiment gonflées et le mauvais temps ne m’aide pas à retrouver le sourire. En plus, on se trompe. Nous partons sur la GTJ ski de fond, ce qui nous fait faire un petit détour. Je râle, “comme si nous n’avions pas assez marché !” Heureusement, une fois à Lajoux, le soleil se lève doucement, ses premiers rayons nous réchauffent, le moral remonte.

Aujourd’hui, les paysages sont vraiment différents. On monte beaucoup pour se retrouver sur les plateaux, face aux Monts Jura qui apparaissent entre les nuages. Le panorama est juste grandiose. On décide pour une fois de pique-niquer plus tard pour que l’après-midi de marche nous paraisse moins longue. Après la pause, il nous reste encore 7km à parcourir. Aujourd’hui, il fait chaud. Nous avons enlevé les gants, les manteaux et même les pulls, mais quel bonheur de marcher avec un tel soleil ! Nos deux gourdes sont rapidement vides, on a vite soif.

Nous arrivons rapidement à Bellecombe mais notre gite se situe 3km plus loin. Ces trois derniers kilomètres étaient vraiment durs. Si hier nous grelottions dans nos vêtements trempés, aujourd’hui nous avons la bouche sèche à cause du soleil. Le tracé ne fait que monter et descendre, je traine les pieds. En haut d’une énième colline on aperçoit le chalet. Il semble si loin. Encore une petite demi-heure de marche et nous y sommes !

Cette étape, bien que plus courte, était plutôt difficile, surtout avec la fatigue accumulée des jours précédents. Nous arrivons très fatigués à la Guienette, la motivation nous manque même pour aller à la douche (nous nous sommes lavés quand même, je vous vois venir ! ) Ce soir, pas de repas tous ensemble, chaque groupe a droit à sa table. Le dîner était incroyable, nous avons été extrêmement bien reçus par François et toute sa famille. A 21h nous dormions déjà, contents que demain soit la dernière étape.

Quatrième et dernière étape : de Bellecombe à La Pesse, 8km

Aujourd’hui, c’est une petite étape ! Heureusement car nos articulations sont vraiment à bout. Mais comment font les gens qui parcourent la GTJ dans son intégralité ? Ce matin, on prend donc notre temps et on profite du très copieux petit-déjeuner. En plus, le soleil brille déjà dehors. Aujourd’hui encore le dénivelé est présent. La neige commence à fondre et vient se coller sous nos pieds. On s’arrête beaucoup pour prendre des photos, le soleil joue avec les nuages noirs, la lumière est magnifique. A force, nous n’avançons pas. Les nuages finissent par cacher le soleil, nous remettons les manteaux. On continue d’avancer, les Monts Jura tout autour de nous. Malgré mes chevilles douloureuses, j’apprécie le moment. Quel plaisir de marcher face à un tel paysage. On veut profiter au maximum de cette dernière étape.

GTJ Jura

On s’arrête pique-niquer. A la Guienette, on ne rigole pas avec les paniers repas ! Il est ultra complet, nous nous arrêtons plus d’une heure le temps de tout manger et surtout de digérer un peu avant de repartir. Plus qu’une heure avant la Pesse. La neige fond de plus en plus, il est grand temps que notre trek se termine ! Une fois arrivés dans le centre du village nous enlevons les raquettes. C’est terminé !

Une bonne cinquantaine de kilomètres parcourus en quatre jours, sous la neige, la pluie, à créer notre trace dans la neige toute fraiche. Il est maintenant temps de gagner notre chambre d’hôte, dernière étape de cette aventure. Nous marchons jusqu’à la Maison de Teiss, où nous sommes incroyablement bien accueillis par Anne. Elle nous présente notre chambre : une grande suite familiale avec salle de bain et toilettes privés, un bonheur !

Avec un autre randonneur présent ce soir-là, nous passons la soirée à écouter les très bonnes anecdotes d’Anne sur la région et son village. Elle connait tout par coeur et se fait un plaisir à nous les raconter. En même temps, elle nous sert le repas. Rillettes de sardines faites maison, gratin de quinoa et butternut, énorme plateau de fromage et pour finir un excellent moelleux aux pommes ! Tout était délicieux, nous nous sommes régalés (et avons beaucoup trop mangé !) A force de parler, il se fait tard. Il est grand temps d’aller se coucher, demain nous nous levons aux aurores pour prendre le taxi direction la gare.

Le taxi passant nous chercher à 6h, Anne propose de nous préparer notre petit-déjeuner à emporter. Un geste adorable, et nous sommes bien contents de déguster les délicieuses tartines et le reste du gâteau d’hier soir dans le train !

Et si c’était à refaire ? Nous repartirions, bien sûr ! Mes chevilles m’ont encore fait souffrir pendant 3-4 jours mais ce trek était incroyable. Si le mauvais temps pouvait être énervant, il nous a au moins permis de marcher dans de la bonne neige fraiche. Les paysages étaient différents chaque jour, impossible de se lasser. Tous les soirs, nous avons été merveilleusement bien accueillis, et il faut dire que c’est royal après une journée de marche de foncer sous une douche bien chaude et se mettre les pieds sous la table.

L’effort en raquettes est en plus totalement différent qu’en randonnée classique. On marche beaucoup moins vite, ce qui nous oblige à prendre notre temps, d’adapter notre corps à l’effort, de profiter du moment présent et des somptueux paysages qui nous entourent. Chaque jour, pendant les 6-7h de marche, on ne pense qu’à marcher, qu’à créer notre trace dans la neige fraiche. On se vide la tête et on attend chaque étape avec impatience. Pas de doute, on recommencera !