Racontez-moi…          Rodrigues, petit paradis

Racontez-moi… Rodrigues, petit paradis

Laurence et Jérôme, du blog lolottegromnomad, ont découvert la belle île de Rodrigues, encore peu connue, et nous partagent leur récit, bonnes adresses et bons plans !

Nous débarquons en janvier 2018 à Rodrigues. La chaleur nous surprend, le calme aussi. Le passage en douane sera une formalité, pensons-nous. La douanière a repéré nos sacs à dos et veut s’assurer que nous ne transportons pas de matériel de chasse sous-marine ni de sacs plastiques : tout cela est interdit à Rodrigues pour protéger leur magnifique lagon (deux fois plus grand que l’île quand même ! ).

Où dormir ?

Au Gite Le Reposoir dans la commune de La Ferme

Où manger ?
  • Au gite Mamy Chérie
  • Chez Solange et Robert, petit restaurant au bord de la route vers Trou d’Argent.
carte Rodrigues

La découverte d’un véritable paradis sur terre

Nous avions découvert Rodrigues grâce à un reportage. L’ambiance nous avait tout de suite séduit et nous nous étions promis d’y faire une visite.

Rodrigues est surnommée « La Cendrillon des Mascareignes ». Elle est effectivement la plus petite des îles (18 km par 9, point culminant à 398 m). Est-elle la plus belle ? Difficile à dire. Elle est assurément envoûtante, et, rassurez-vous, son charme ne disparaît pas à minuit. On pourrait la surnommer aussi « la Belle Île de l’océan Indien » car elle a les mêmes dimensions et les mêmes diversités de paysages (les grandes falaises en moins). Nous avions prévu un séjour de cinq jours, mais Berguitta, le cyclone, a décidé que nous allons y rester 10 jours. Nous avons logé au gîte Le Reposoir tenu par Bernard, situé dans la commune de La Ferme.

Le jour de notre arrivée, à la recherche d’un restaurant et d’ombre, nous rencontrons Raffaëlla. Elle est Italienne, mariée à un Rodriguais, et tient le gîte Mamy Chérie. En nous servant un rafraîchissement, elle explique qu’« à Maurice, ils vendent le paradis, mais ils l’ont trop bétonné ; le paradis, c’est à Rodrigues maintenant ! »

Il n’a pas plu depuis 4 mois ici. C’est une aubaine pour les touristes, pas pour les Rodriguais : leurs citernes sont vides. Heureusement (pour eux), malheureusement (pour nous), une tempête tropicale s’approche. Changera-t-elle de direction au dernier moment ? Elle influe déjà sur la météo, une petite bruine a remplacé le soleil brûlant. Le lendemain matin, c’est confirmé, la tempête arrive dans 24 heures. Elle a pris de l’ampleur : c’est un cyclone de classe 3 maintenant nommé Berguitta. Bernard prédit que nous ne pourrons pas sortir pendant au moins trois jours. Nous tirons la tronche. Les clients du gîte également, car ils doivent prendre l’avion le soir. Bernard, lui, est content : il ne sera pas seul.

“Et bon cyclone !”

Nous décidons de nous rendre à Port Mathurin, ville principale de Rodrigues où se concentrent administrations et activités économiques. Dans les bus, on écoute du Sega ou du rap français des années 90. Ils ont des noms : Prince of Love, King of West, L’Aigle de la Route, parfois accompagnés de slogans : Ultimate confort, For your Eyes Only. Port Mathurin et le marché sont animés. Les Rodriguais règlent leurs affaires et font des provisions en se saluant d’un « bonne journée et bon cyclone ».

bus Mathurin

De retour au gîte, nous croisons les autres clients qui se rendent à l’aéroport. Bernard prédit : « Ils vont revenir, l’aéroport est fermé ». Effectivement, Rodrigues est isolée pour les trois prochains jours.
Que faire pendant un cyclone ? On peut regarder la pluie tomber (fort) et les arbres bouger (beaucoup), mais c’est assez vite lassant. On peut écouter les bulletins météo radiophoniques qui informent (en anglais, français et créole) de l’évolution du cyclone et énumèrent les centres communautaires où les habitants peuvent trouver refuge et/ou de la compagnie pendant l’alerte.

Nous faisons connaissance alors avec les autres clients (deux couples de Français), les repas se prennent maintenant en commun. Bernard nous dépeint la vie sur l’île et les rapports un peu compliqués avec la grande soeur Maurice. Une précision s’impose : avec Bernard, nous discutons en français, langue qu’il maîtrise parfaitement comme l’immense majorité des Rodriguais.
Et puis un jour, le vent se calme, la pluie stoppe et un coin de ciel apparaît. C’est la fin de l’alerte. Les radiers sont en crue, les routes immergées et couvertes de branches et de feuilles. Le trafic aérien n’est pas près de reprendre, puisque Berguitta est maintenant au-dessus de Maurice. Comme notre vol de retour a été annulé, nous attendons les consignes d’Air Mauritius.

Après la pluie, le beau temps…

Maintenant, il faut rattraper le temps perdu et se dégourdir les jambes. Bernard nous conduit à Port Mathurin par la route passant par Baie du Nord et longeant la côte. Nous louons une voiture et ce sera un pick-up afin de ne pas être stoppé par les radiers en crue. À Rodrigues, la conduite est à gauche et la vitesse limitée à 50km/h. Le tarif de location est correct, le modèle plutôt ancien avec le réservoir vide, au client de faire le nécessaire.

Les jours suivants, nous découvrons l’île.
Dans l’Ouest, nous faisons plusieurs marches vers Pointe Mapou, Pointe Manioc, Pointe Pistache. C’est une partie dédiée à l’agriculture vivrière, légèrement vallonnée et assez peu peuplée.

pointe Pistache Rodrigues

Le sentier passe des plaines à la côte déchiquetée. C’est dans cette partie où le lagon est le plus étendu. Avec les fortes pluies, sa couleur tire vers le marron ou le jaune. Le panorama, fabuleux, donne sur les îlots, île aux Cocos et île aux Sables. Grosse déception de ne pas pouvoir s’y baigner. Nous croisons chèvres, vaches et taureaux en liberté. Si nous craignons de pénétrer dans des propriétés privées, un habitant nous explique que le concept de « privé » est vague pour les Rodriguais, du moment que le voyageur respecte les lieux. Et puis « nous, les Rodriguais, et nos chiens, on est tolérant vis-à-vis des touristes ! »

Quant aux balisages des chemins, ils indiquent au marcheur qu’il est sur le bon chemin, mais ne lui indiquent pas où il est, ni où il va ; alors, il faut les suivre jusqu’au bout.

Une fin d’après-midi, nous pressons le pas pour rejoindre la voiture avant l’averse. Nous sommes apostrophés par deux Rodriguais dans leur voiture : « Bonjour, bienvenus à Rodrigues, bon séjour ! Rentrez dans la voiture, venez vous abriter ». Rhislain, ambulancier, parle de la France, qu’il a beaucoup aimée, et de Nantes où il s’est rendu pour marier sa nièce.

Sur la partie Sud-est de l’île, la côte est plus arborée et elle est parsemée de petites criques aux plages de sable fin. Nous partons de Pointe Coton où des agents municipaux nettoient les dégâts de Berguitta. Nous passons devant un hôtel et sa piscine, alors que la mer est à vingt mètres. Il faut cependant lui reconnaître que son architecture se fond bien dans le paysage. La préservation du patrimoine est d’ailleurs une volonté politique affichée de Rodrigues (peu d’hôtels et beaucoup de pensions de famille).

À Trou d’Argent, nous profitons de la petite plage de sable blanc enchâssée dans la crique. Le nom de cette crique indiquerait qu’un trésor, celui du pirate réunionnais La Buse, y serait caché. À moins qu’il ne soit caché à La Réunion, ou à Maurice, ou aux Seychelles…
Le midi, nous déjeunons chez Solange et Robert, un petit restaurant de bord de route. Ils proposent de la salade d’ourite et des grillades de poisson, poulet, saucisse au miel et saucisse baba. Le repas est un régal. Ce lieu semble très prisé par les touristes français.

Déjà l’heure de partir…

Le jour de notre départ, la région de Mont Limon n’est enfin plus sous le brouillard. On s’y précipite. Sa faible élévation est même suffisante pour que les brumes y stagnent. Le coin est le plus arrosé de l’île et le paysage est verdoyant. Le sentier passe par des bois et des hameaux. C’est glissant, merci le cyclone. Les moustiques sont présents, encore merci le cyclone. Les Rodriguais rattrapent leur retard sur les lessives depuis que leurs citernes sont pleines et les arbustes des maisons sont constellés de linge en train de sécher. En chemin, des enfants nous appellent et étrennent leurs premiers mots de français.

Notre vol de retour décolle à 2h40 de Rodrigues pour Maurice. Air Mauritius nous a assuré s’être occupé du vol vers La Réunion. En fait pas du tout ! Mais bon, le voyage à Rodrigues valait largement cette galère.

Laurence et Jérôme
Originaires de Poitiers, nous avons habité pendant quinze ans à La Rochelle. Nous adorons les randonnées en montagne et les bords de mer. Nous avons donc un petit faible pour les îles volcaniques. En 2013, nous avons voyagé rapidement (trop) à Ténérife et La Réunion. À peine de retour, nous avions déjà l’envie d’y retourner. Nous avons franchi le pas à l’automne 2017 où nous sommes partis pour 12 mois. Nous avons voyagé à La Réunion, Maurice et Rodrigues. Puis ce fut Le Japon, La Nouvelle-Zélande et Bali. Finalement, un an, ça passe vite quand on parcourt le monde.