Damien, voyageur au long cours

Damien, voyageur au long cours

8 November 2019 0 By labaroudeusevoyage

Damien qualifie son enfance de géniale, sans télé. “J’étais tout le temps dehors, mon père a toujours eu un bateau donc les vacances et les weekends c’était soit rando en forêt, soit navigation.” Au programme chaque été : croisière et deux semaines à la montagne. “On a également beaucoup déménagé, je crois que je n’ai jamais habité plus de 5 ans dans la même ville. On a fait un peu tous les coins de la France, même La Réunion ! C’est certainement ce qui m’a formaté à ne jamais rester très longtemps à un endroit.

Damien s’est lancé dans des études de marketing et de production audiovisuelle. Il a bossé en agence de communication, fait du journalisme quelques années. “Puis j’ai dérapé : “Maroc, Nouvelle-Zélande, Finlande, Maurice, Thailande, Vietnam, Philippines, Népal, Corse, traversée de la Mediterranée, de l’Atlantique, Cap Vert, Gibraltar, Grenade, etc la liste est devenue longue en quelques années. Pour le moment je suis en Australie depuis 2 ans. “

En un seul mot, dis-moi ce que représente le voyage pour toi ?

Vivre. Je n’aborde pas le voyage comme des vacances mais comme une aventure. Le modèle qui consiste à prendre 2 ou 3 semaines par an pour aller faire un voyage, ça me déprime complètement. Pour moi ça va avec la vie de bureau et ça je ne pourrais plus jamais recommencer. 


Je voyage parce que ça me fait vibrer. Ça me permet de vivre mille vies. Le fait de travailler en voyageant permet de faire et de voir des choses incroyables. On intègre des univers et on se sent comme dans un film. Deux exemples : j’ai bossé quelques temps dans un ranch de taureaux en Nouvelle-Zélande, et plus récemment, j’ai embarqué sur un bateau de pêche en Tasmanie. Avec ce genre d’expérience, tu vis comme un local. Moi c’est ce que j’aime dans le voyage, le côté humain, vivre comme les locaux.

Est-ce que tu peux me raconter ta pire galère de voyage ?

Il y a 3 ans, je suis allé en Corse faire le GR20. Énorme coup de coeur. C’était en septembre/octobre donc les touristes étaient partis. Les Corses étaient beaucoup plus relax et les plages désertes. Pendant les 15 jours de la randonnée il y a un moment très fort : c’est quand tu passes par le Monte Citù, le sommet de l’île. Pour l’atteindre, tu as deux options. En suivant le tracé du GR20, que j’avais logiquement emprunté la première fois, mais aussi en partant de la vallée voisine, ce qui en fait une variante. 


J’ai un péché mignon, ce sont les ascensions nocturnes de sommets pour arriver en haut quand le soleil ce lève. Quelques semaines après avoir fini le GR20, j’étais toujours en Corse. C’était fin novembre mais il faisait encore chaud et beau. Je m’étais motivé à monter le sommet de nuit pour me faire le lever de soleil. Je savais qu’il y aurait un peu de neige, à cette période de l’année c’est normal. Mais de ce qu’on voyait depuis la côte, ça n’avait pas l’air d’être un enneigement de folie. Je démarre ma rando, en suivant la trace au gps sur mon téléphone. Tout se passe bien mais je suis en retard sur le levé du soleil. Au fur et à mesure que je monte, il y a de plus en plus de neige…

J’arrive près d’un gros rocher quand le soleil se lève. La lumière me permet de voir dans quelle merde je me suis foutu… c’est très raide et il y a beaucoup plus de neige que je l’imaginais. Et ce n’est pas de la poudreuse, elle fond la journée et regèle la nuit. Elle est donc très dure, presque comme de la glace. Je vois bien que me mets en danger… faire demi-tour me paraît trop risqué. Le circuit est censé faire une boucle. La descente après le sommet passe par une crête puis une rivière, c’est donc moins raide. Je décide de continuer. La neige est tellement glissante que je dois sauter de rocher en rocher pour pouvoir progresser. Sauf qu’un des rochers était couvert d’une fine pellicule de glace et je l’ai vu quand mon pied à glissé dessus.

J’ai fait un genre de salto qui m’a envoyé sur la neige. Comme dans un film, j’ai commencé à glisser en direction d’une arrête avec probablement un saut dans le vide de 300 m qui m’attendait… j’ai réussi par miracle à m’arrêter à temps. Le reste de la matinée à été un enfer de survie. Chaque minute je songeais à appeler l’hélicoptère. Le temps pressait parce que vers midi les nuages engoutissent les sommets et je les voyais arriver. Finalement, après avoir taillé au caillou des marches dans la neige, désescaladé une cascade de glace et testé mes limites, j’ai réussi à faire le sommet et revenir à la voiture vivant et sans blessures. Clairement il me manquait des crampons et un piolet. Sur ce coup là j’ai été un peu léger…

Qu’est ce qui t’as le plus déçu en voyage ?

Kathmandu sans hésitation ! Je suis allé au Népal pour voir une pote qui vivait là-bas. C’est marrant parce qu’il y a tout un mythe autour de ce pays et de cette ville en particulier. C’était très intéressant à voir mais assez déprimant. Le Népal est une décharge à ciel ouvert. À Kathmandu, tu as comme Kao San road à Bangkok, une rue avec tous les hostels et les bars à backpackers.

On y est allé un soir avec ma pote pour voir le zoo… tu as des jeunes du monde entier qui sont en sarouel à faire de la guitare dans la rue pour gagner 3 roupies et se payer une bière. Et à côté tu as des gamins qui vendent des bouteilles d’eau et vont derrière une porte pour sniffer de la colle. Tous les sites touristiques sont entourés de boutiques à touristes, comme souvent en Asie. Y a plus grand chose d’authentique. À moins de sortir des sentiers battus. Moi je conseille à tous ceux qui rêvent de Kath’ de lire “Flash ou le grand voyage”. Ça permet de comprendre ce que c’était dans les années 70… c’est glauque, malsain et pas du tout ce rêve hippie auquel tout le monde pense.

Est-ce qu’une rencontre t’as particulièrement touché ?

Pfff.. il y en a eu tellement… mais je dirais celles faites lors des escales en naviguant. Les marins sont un peu comme une grande famille. Quand tu t’arrêtes dans un port pour deux ou trois jours, tu lies tout de suite des amitiés avec les autres. Tu finis généralement tôt le lendemain matin, au bar à refaire le monde avec des gens que tu ne recroisera peut-être jamais. Mais ça arrive des fois !


Lors de ma transatlantique, on a fait escale au Cap Vert. Je débarque à Mindelo après quinze jours de navigation. Au café de la marina, j’ai retrouvé un peu par hasard le skipper avec qui j’avais traversé la Méditerranée deux ans plus tôt. D’une manière générale, ce que j’aime avec les rencontres de voyages, c’est que tu finis souvent pote avec des personnes que tu n’aurais même pas regardé en France. Les repères et les critères sociaux de tes affinitée ne sont pas les mêmes. 

La nourriture la plus horrible que tu aies pu avoir en voyage ?

Je n’ai pas de mauvais souvenirs de repas de voyage. Mis à part une intoxication alimentaire au Maroc et au Philippines. Un classique je suppose. Le meilleur je pense que c’est clairement toute la street food à Bangkok ! Surtout la rue principale de Chinatown. C’est un délire complet, si tu aimes manger tu veux tout tester ! Et il ne faut pas avoir peur de manger là où les locaux vont, c’est généralement le meilleur !

Choisis une seule de tes photos de voyage. Pourquoi celle-ci ?

Le lever de soleil depuis le sommet du Mount Taranaki en Nouvelle-Zélande. Encore un sommet fait de nuit. L’ombre du volcan forme une pyramide parfaitement alignée avec la pleine lune qui se couche. C’était magique ! On a rencontré un Australien qui nous a fait du thé chaud, et on l’a bu, seuls au monde en regardant le soleil se lever… 

Un dernier mot ?

Dommage. C’est cliché à dire, mais il faut profiter de voyager pendant qu’on est jeune ! Avant d’être coincé par un boulot, une maison à crédit ou des gosses. Tu as toute ta vie pour regretter les choses que tu n’as pas faites ou pas vues, en revanche tu n’as pas toute la vie pour les réaliser… 

Merci à Damien de m’avoir contacté pour cette interview ! Vous pouvez le suivre sur son compte instagram pour être au courant de ses prochaines aventures !